Voy’el ma donné mes ailes. Je refuse qu’on lui coupe les siennes.

Commencer à écrire est facile. C’est continuer qui l’est moins.
Par contre, commencer à être édité est un véritable parcours du combattant. Continuer à l’être est plus facile (même si pas toujours une promenade de santé).

Celle qui parle ici, c’est à la fois l’auteure reconnaissante du chemin parcouru ensemble, mais aussi la lectrice que je suis par ailleurs.

livre1Voy’el et moi, ça remonte à 2010. 2009, même, pour être exacte. A l’époque, j’étais encore à l’IUT Métiers du Livre d’Aix, et une toute petite maison d’édition avec zéro titres au catalogue venait de me tendre la main : Voy’el, à qui j’ai décidé de faire confiance malgré les revers de destin subits par mon premier roman, Entrechats. Malgré les amis – auteurs ou non – qui me disaient de me méfier, parce que j’allais essuyer les plâtres de l’éditeur débutant. Ils n’avaient pas tort d’être inquiets : après tout, j’avais déjà essuyé les plâtres d’une autre maison d’édition qui avait mis la clé sous la porte un mois pile avant que mon roman ne sorte. On avait tout fait, tout corrigé, il ne restait plus qu’à transformer le livre en papier.

Sauf que la fée imprimerie n’est jamais passée…

Retour à la case départ, avec mon manuscrit corrigé sous le bras. Sans éditeur.

De guerre lasse, après plus d’une trentaine de refus sur le round précédent, je renvoie le manuscrit à six éditeurs seulement.

L’un d’eux dit oui : Voy’el, jeune maison d’édition qui n’a pas de titres au catalogue, hormis ceux de son éditrice, Corinne Guiteaud, qui rééditait à l’époque ses anciens romans afin de se faire la main. Une pratique que j’avais trouvée très saine et réaliste. Autant que l’auteure et éditrice, qui avait engagé avec moi un dialogue sans condescendance : j’étais jeune (tout juste 21 ans), j’étais inexpérimentée en édition, mais elle me parlait avec franchise et sincérité. Elle a accepté ma demande de hausse de droits d’auteurs par rapport au contrat initial. Elle m’a fait confiance quand j’ai dit qu’au moins cent personnes achèteraient l’édition collector numérotée (et la suite prouva que j’avais raison, puisque nous en avions vendu près de 130 !). Elle a aussi laissée la débutante que j’étais participer à chaque étape de l’édition (constitution de couverture, etc.)

livre015Voy’el, à l’époque, en 2010, c’était les titres de Corinne et le mien. Et c’était tout.
Aujourd’hui, j’ai grandi, et j’en suis fière. J’ai publié nombre d’ouvrages, et j’en suis fière aussi. Mais surtout, je suis fière et heureuse du chemin parcouru ensemble : parce qu’on a grandi en parallèle, Voy’el et moi.

Or, aujourd’hui, Voy’el est en grand danger et peut-être sur le point de disparaître.
Pour la deuxième fois, et encore une fois à cause d’un diffuseur pas réglo. Tout est expliqué ici, et pour des raisons évidentes, je vous laisse lire l’article plutôt que de le résumer grossièrement.

Or, donc, Voy’el va peut-être disparaître.
Or, si Voy’el disparaît, c’est tout une partie de mon histoire qui disparaît avec elle. J’ai conscience de l’égoïsme dont je fais preuve ici. J’ai conscience aussi du caractère très égocentrique de cette affirmation. Mais si je me permets de la formuler, c’est parce que je sais qu’elle n’engage pas que moi. Elle engage tous les auteurs que Voy’el a révélés, portés, soulevés.

Depuis plus de 7 ans, Corinne Guitteaud soulève des montagnes pour ses auteurs. Pour ses lecteurs.
Voy’el est un des rares éditeurs à avoir franchi la barre fatidique des 6 ans d’existence. Beaucoup d’autres ont fermé leurs portes (Riez, Griffe d’Encre…) En édition, 6 ans, c’est en gros le moment où si les comptes ne sont pas à l’équilibre, il faut mettre la clé sous la porte. Parce qu’on a eu le temps de prendre des risques, mais aussi de renflouer les caisses.
Vo’yel a pris des risques (dont j’ai fait partie). Voy’el a renfloué ses caisses par ses ventes, son engagement, ses choix éditoriaux, la qualité de ses publications, la diversification de son catalogue qui compte aujourd’hui plusieurs dizaines de titres dans plus de trois collections différentes.
Mais Voy’el a aussi fait les frais de diffuseurs peu regardants (pour ne pas dire autre chose et ne pas tomber dans la diffamation). Pas une, mais deux fois.

Voy’el s’est battue pour survivre. Elle a fait tout ce qui était en son pouvoir. Elle a tout fait dans les règles de l’art.
Mais même le meilleur et le plus irréprochable des nageurs olympiques ne peut pas flotter avec un boulet attaché à la cheville.

Ce que Voy’el demande aujourd’hui, c’est de lui rendre ses ailes.
Ou plutôt, de lui laisser utiliser celles qu’elle a toujours eues.
De couper la chaîne de ce boulet métaphysique.

Voy’el lance donc une campagne Ulule. Il y a besoin de 15000€.
Pas pour le plaisir d’avoir 15000 balles, je vous rassure tout de suite, mais pour payer Pollen qui tient le stock de la maison d’édition en otage, et ne le lâchera pas tant qu’ils n’auront pas eu leurs 15000€.
C’est un peu surréaliste, de nous empêcher d’accéder à la seule chose qui permettrait de réunir ces 15000€ sans avoir à quémander l’argent auprès de nos lecteurs. Il suffirait qu’ils nous rendent le stock, on pourrait l’écouler même à bas prix, et une fois la somme réunie, repartir sur des bases saines.
Mais le diffuseur a refusé d’entendre raison…

Bref, plutôt que de vous faire le chant du cygne, on préfère tenter notre chance avec une campagne de crowdfunding. Ensemble, on peut sauver les éditions Voy’el. Même juste 5€, ça peut faire la différence.

Si vous n’avez pas l’envie ou les moyens de donner – ce qui est possible, et compréhensible, personne ne vous juge –, n’hésitez pas à diffuser l’information partout autour de vous. Moi, j’ai donné, et j’espère pouvoir donner davantage encore d’ici la fin du mois si mes revenus de ce mois-ci me le permettent.

Parce que Voy’el ma donné mes ailes, et je refuse qu’on lui coupe les siennes.

 

3 réflexions au sujet de « Voy’el ma donné mes ailes. Je refuse qu’on lui coupe les siennes. »

  1. j’imagine et je ressens un peu de l’émotion que tu nous fais part ici. En tant que lectrice, c’est déjà insupportable de voir le dernier bastion de mes trois maisons d’édition « repères » menacé par un système absurde : j’ai déjà perdu Griffe d’Encre, le Riez, alors non, pas encore une, et pas Voy’el. En tant qu’auteur débutante, je ressens le séisme bien qu’il ne se passe pas sous mes pieds, alors oui, clairement, je peux comprendre que ce soit très dur pour toi qui est en plein sur la faille. Merci pour ces quelques mots, je les ai déjà relayé et je vais continuer. Je mettrais d’ailleurs cet article en lien sur l’article que je devrais écrire à ce sujet le week end prochain si tu veux bien. Et bon courage !

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  2. Merci à vous pour ce beau témoignage.
    J’ai évidemment lu la situation sur le site de Voy’el.
    J’ai contribué.

    J’espère que cette maison d’éditions que vous défendez si bien poursuivra longtemps son travail en évitant les rapaces et les chausses-trappes.

    Bonne continuation.

    RémiBug

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